Le « programme » d’Emmanuel Macron : du libéral et du creux. Surtout du creux.

macreux

Cela faisait des mois que nous l’attendions : ce matin, Emmanuel Macron à (enfin) présenté son programme présidentiel au Pavillon Gabriel à Paris. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ancien banquier est resté très évasif, égrainant quelques mesures sans détailler précisément ses mesures. Et en omettant des pans entiers d’une politique globale.

Un programme libéral qui avance masqué

Emmanuel Macron commence son discours par cette phrase étrange : « Je suis confiant, car la France est un pays irréformable, mais nous souhaitons le transformer radicalement […] Les Français ne veulent pas être réformés, ils veulent être transformés, et que chacun prenne sa part au changement », avant de poursuivre : « Le travail va changer et nous transformerons l’équilibre […] Il faut libérer les secteurs d’activité multiples et sécuriser les individus »

Cette dernière phrase nous permet de comprendre qu’Emmanuel Macron souhaite libéraliser les services publics déjà malmenés depuis une dizaine d’années. Car lorsque l’on parle de « libérer des secteurs d’activités », on s’oriente très clairement vers des privatisations. A travers les lignes, l’ancien banquier nous envoie un message : il veut une « uberisation » de la société, où chacun serait son soi-disant patron… et ne paierait aucune cotisation, n’aurait aucune indemnité en cas d’accident au travail, etc. Car c’est bien vers cela que l’ancien banquier d’affaire nous propose d’aller lorsqu’il affirme dans son discours que les « concitoyens auront des risques nouveaux à prendre ».

Mais pour ne pas effrayer l’électeur lambda, Emmanuel Macron ne parle pas des mesures qu’il compte mettre en place. Au lieu d’évoquer la quasi-suppression de l’impôt sur la fortune (ISF), qui ne concernerait plus les revenus financiers qui nuisent à l’économie réelle mais simplement les rentes immobilières[1], il préfère s’attarder sur les retraites :

« Nous créeront un système d’indemnisation universelle non plus réservé aux salariés : il s’agit d’avoir un système de retraite plus transparent et efficace. Je ne proposerais pas de modifier l’âge de départ à la retraite. Et je ne modifierais pas les montants actuels ».  

Comprenez en d’autres termes que vos petites retraites n’augmenteront pas. Pourtant, nombre de retraités ne touchent pas de sommes suffisantes pour subvenir à leurs besoins. Mais ce que l’on va retenir dans la plupart des médias, c’est que M. Macron souhaite généraliser le régime général des retraites. Il en va de même pour son projet sur les droits au chômage :

« Il faut une réforme de l’assurance chômage pour en faire un droit universel, accompagné d’un plan inédit pour la qualification ».

Ce que ne dit pas Emmanuel Macron, c’est qu’il souhaite également couper les vivres à tout chômeur qui refuserait une seconde offre d’emploi[2], supposant donc que Pôle Emploi propose en permanence aux chômeurs des postes qui correspondent à la qualification des chômeurs et qui permettent d’avoir un rythme et une vie normale (nettoyeur de pissotières Gare du Nord, assistant à l’évacuation des déchets organiques d’un abattoir à 85 kilomètres du domicile…).

Dormez braves gens, Emmanuel Macron vous propose une magnifique société de la débrouille où l’activité économique prime sur le bien-être humain. Mais chut hein, il ne faut pas le dire… Du moins pas avant les présidentielles.

Aucune mesure concrète en matière de Laïcité

Comme à son habitude, l’illusionniste Macron nous livre un discours creux, sans proposition, qui ne peut que mettre d’accord tout le monde :

« La laïcité est un bouclier. Je refuse qu’il y ait des stigmatisations dans notre pays. […] Il faut restaurer l’autorité de l’Etat »

Voilà, débrouillez-vous avec ça. Saint Macron a préféré continuer son discours pour taper sur Marine Le Pen et François Fillon, plutôt que de nous expliquer concrètement comme il souhaitait empêcher les discriminations que peuvent subir certains de nos concitoyens (les femmes, les musulmans, les juifs etc…)

Oui-Oui s’essaie à la politique internationale

Emmanuel Macron a défini trois objectifs pour sa politique internationale : la défense des intérêts climatiques, la défense des intérêts économiques et enfin la défense de la sécurité nationale. Il souhaite une « feuille de route pour construire la paix, pour lutter contre les terroristes ». La seule mesure concrète annoncée est celle qui consiste à porter le budget de la défense à 2% du PIB.

L’ancien ministre ne nous parle pas de sa stratégie internationale : avec qui s’allier en Syrie ? Préfère-t-il se rapprocher de la Russie de Poutine ou de l’Amérique de Trump ? Que pense-t-il du CETA et du TAFTA, contrats commerciaux ultralibéraux portés à bout de bras par l’Union Européenne ?

L’Europe justement. M. Macron annonce vouloir réorganiser la zone euro, avec entre-autre un ministre des finances européens. Il affirme que :

« Le couple franco-allemand est le cœur du réacteur de la zone euro et de l’Union. Je ne proposerais pas de la brutalité à l’égard de l’Allemagne, je ne la remettrais pas en cause. Je propose de rétablir la crédibilité française face à l’Allemagne pour ensuite avoir plus de solidarité ».

Comprenez donc que le Président Macron appliquera l’austérité budgétaire réclamée par l’Allemagne (la « crédibilité »), que l’Europe continuera sa fuite en avant vers le néolibéralisme (« pas de brutalité »), et donc qu’il n’a pas l’intention de tenter une réforme de l’Union Européenne contrairement à ce qu’il affirme. A la fin de ce discours, on a aucune idée des orientations internationales du candidat.

Réfugiés, les grands absents du discours

Je vous aurais volontiers mis un passage de son discours sur ce sujet. Le problème, c’est qu’il n’y en a pas. Rien. Zéro. Nada. Comme s’il n’y avait aucun problème à ce propos (vous pouvez d’ailleurs relire notre article sur le sort déplorable réservé aux demandeurs d’asile en France). Transformer la société, mais pas trop. En tout cas pas dans le sens de la solidarité.

Un seul sujet détaillé : le lifting de la Cinquième République

Et oui, Emmanuel Macron est capable de faire des propositions. C’est incroyable, mais c’est vrai. Alors que propose le candidat pour ce qu’il nomme le « renouveau démocratique » ?

  • Interdiction de toute fonction de conseil pour les parlementaires
  • Interdiction d’embaucher des membres de sa famille pour les parlementaires
  • Rapprocher le régime des retraites des parlementaires avec celui de droit commun. Problème ? Ce sera au bureau de l’Assemblée Nationale de prendre ces mesures. Autant dire que vous pouvez faire une croix dessus.
  • Le Président de la République fera le point chaque année devant le congrès réuni à Versailles (Assemblée + Sénat) sur l’avancement des réformes.
  • Les ministres seront davantage auditionnés par les parlementaires, et ils seront évalués chaque année.
  • La réduction d’un tiers le nombre de parlementaire. L’argument avancé est un peu étrange : permettre aux parlementaires de se consacrer davantage à l’évaluation des politiques menées plutôt que de légiférer. Etre député reviendrait donc à une fonction de gestion plutôt que de parlementaire (vote et proposition de lois) ?
  • Introduction d’une dose de proportionnelle. Rappelons que François Hollande avait proposé la même chose en 2012. Cette mesure est toujours inexistante.
  • Non cumul des mandat dans le temps (sans préciser combien de mandats exactement).

Parallèlement à cela, Emmanuel Macron a promis de ne pas investir de candidats qui possèdent un casier judiciaire de type B2 et que la moitié des candidats d’En Marche ! seraient de nouveaux candidats (n’ayant jamais occupé de fonction élective).

 

C’est donc un ajustement de la Ve République que nous propose M. Macron, on est loin d’un choc institutionnel. Paradoxalement, c’est sur les mesures qui touchent le moins directement les citoyens que le candidat se montre le plus précis. Mais Emmanuel Macron ne pourra pas continuer son numéro d’équilibriste longtemps. Les débats de premier tour (20 mars sur TF1 et 20 Avril sur France 2[3]) vont le mettre durement à l’épreuve face à des candidats bien plus rodés à l’exercice et qui disposent de programmes nettement plus détaillés. La baudruche Macron ne devrait pas tenir très longtemps.

Ogma

[1] https://www.lesechos.fr/elections/emmanuel-macron/0211757368006-macron-veut-faire-de-lisf-un-impot-sur-la-rente-immobiliere-2061839.php

[2] https://www.marianne.net/politique/controle-drastique-offre-d-emploi-obligatoire-macron-veut-mettre-les-chomeurs-au-pas

[3] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/le-pen-fillon-macron-hamon-et-melenchon-debattront-le-20-mars-sur-tf1_1881403.html

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